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Europe Créative | 19/06/2013

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Humour et politique: les liaisons dangereuses d’un couple infernal

Humour et politique: les liaisons dangereuses d’un couple infernal

« Les politiques ont brimé l’humour car ils ne peuvent accepter l’incontestable. La dérision carnavalesque n’est tolérée que brièvement », énonce d’emblée Arnaud Mercier, universitaire, lors du petit-déjeuner débat organisé mardi 24 mai 2011. C’est au sein du restaurant l’Entrepôt, dans le 14e   arrondissement de Paris, que les étudiants du Master 2 Communication politique et sociale de la Sorbonne ont organisé cette rencontre, à laquelle Europe Creative s’est associée.

Sur le thème « Humour et politique: les liaisons dangereuses d’un couple infernal », les six intervenants ont su traiter tous les aspects de cette problématique. En effet, le principal point mis en lumière concernait le mélange des genres, « Les hommes politiques, eux-mêmes font de l’humour et de la caricature de leur congénère », souligne Arnaud Mercier. En écho à ce propos, Jean Mallot, élu socialiste (député de l’Allier et conseiller régional d’Auvergne) rappelle d’ailleurs que « l’humour en politique existe de tout temps. On peut être sérieux, sans être triste. A l’image du blog que j’ai créé, depuis ma candidature aux primaires socialistes, annoncée en 2009 ». Yann Wehrling, caricaturiste et porte-parole du Modem, note de son côté que « nous sommes dans une société où le pouvoir et le mot d’esprit sont intimement liés. Aujourd’hui, on exige des politiques qu’ils aient de l’humour. Ceux qui en ont, s’en sortent toujours ».

Si l’humour fait désormais parti prenante du discours politique, il n’en reste pas moins que certains humoristes dénoncent une exagération. Pour Christophe Alévêque, le politique n’est pas un humoriste, mais il utilise ses codes, ses « armes. Ils nous piquent notre boulot en faisant du spectacle ». En réponse à cela, il a décidé de se présenter à l’élection présidentielle, sous le pseudo de « Super rebelle ». L’occasion de participer à la campagne sous un angle décalé « pour faire tomber les masques. J’aurai une posture démocratique et démagogue », explique-t-il.

Lien entre humour, politique et journalisme

Les journalistes et les politiques ont toujours travaillé de concert. Le premier informant le public sur les actions du second. Pour le journaliste Denis Demonpion, « l’humoriste se fonde sur ce qu’il lit dans les journaux » pour caricaturer les politiques.

Une vérité générale qui ouvre le débat sur la crédibilité des professionnels de l’information. Christophe Alévêque dénonce le premier le travail des journalistes, « ils font moins bien leur métier. Pour mes sketchs, je préfère lire entre les lignes, dans ce qu’ils laissent penser via l’emploi du conditionnel dans les articles. La preuve avec l’affaire DSK où les journalistes n’ont rien dit contrairement aux humoristes ». A leur décharge, Denis Demonpion rappelle que « les journalistes sont tenus par l’article 9 du code civil qui les empêchent de s’attaquer à la vie privée du politique ». A M. Alévêque de rétorquer : « il y a quand même des moyens pour dire les choses sans être attaquable ». « Bien sûr », ajoute Denis Demonpion qui précise ses propos en expliquant que le journaliste doit se fonder sur des faits et pas des on-dit. « Pour exemple, l’utilisation et la mise en scène de Nicolas Sarkozy dans sa vie privée m’a incité à le prendre à son propre jeu en écrivant un livre sur lui. C’est pourquoi je n’ai pas été poursuivi ».

Didier Porte, journaliste et humoriste, rappelle quant à lui que si les politiques sont les cibles privilégiées des humoristes, c’est parce qu’ils leur donnent du grain à moudre. « Jean-Louis Borloo fait la même taille que Sarkozy, mais lui, il assume, donc on en rie pas. Moi-même je fais cette taille, mais j’ai arrêté les talonnettes à 16 ans », raconte-t-il en faisant rire la salle.

En quête de rire

Didier Porte poursuit : « le régime de Sarkozy envers les humoristes est liberticide. Mon éviction et celle de Stéphane Guillon de France Inter étaient prévues un an à l’avance. Même les journalistes n’ont pas levé le poing à l’époque. Aujourd’hui, si Christophe Alévêque va jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle, c’est parce qu’on a plus les moyens de s’exprimer ». Selon Jean Mallot, un tel constat laisse à penser parfois que les humoristes ont supplanté les journalistes en dénonçant des non-dits par le biais des caricatures et de la dérision. Mais, pour Denis Demonpion, ce constat ne tient pas la route car les humoristes n’ont jamais sorti de scoop.

« La semaine dernière j’étais en Tunisie, raconte Christophe Alévêque, et c’est sûr qu’en comparaison, en France on a pas à se plaindre. Mais aujourd’hui, on vit dans un pays de censure sournoise et même d’auto-censure ». Arnaud Mercier précise alors « qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, à cause des risques d’ambiguïté ». Une conception que ne partage pas Christophe Alévêque. « Dans les médias de masse, pour être sûr de ne pas froisser certaines personnes, on nivèle vers le bas. Or, nous devrions rire de tout même avec les cons ».

Yann Wehrling note que « si on ne peut pas rire avec tout le monde, les politiques, eux, doivent rire. C’est une question de liberté d’expression. Je pense notamment au Petit journal de Canal +, qui a un impact sur la population. Les jeunes notamment s’intéressent à la politique que par le Petit Journal parce que la presse « normale » ne le fait plus. Il cible le fait que les politiques répètent toujours les mêmes discours et ne font que de la communication. On a aujourd’hui besoin de plus de médias comme ça, qui mettent en dérision la vie politique pour davantage intéresser la population ».

Christophe Alévêque conclut que les « politiques doivent utiliser l’humour. Mais ils ne peuvent se contenter de jouer au ping-pong avec de petites phrases car on entend plus parler de leur projet ».

Reste alors à trouver un équilibre entre humour, liberté d’expression et discours politique. Le défi, pour les humoristes, les journalistes et les politiques, est d’arriver à intéresser le public sans tomber dans les petites phrases assassines. Trois corps de métier qui s’entremêlent et s’entrechoquent.

Auteur : Audrey Taupenas, chargée de communication et journaliste web pour Europe Créative

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